Lectures : 2 Rois 4. 8 à 16 / Matth. 10. 37 à 42

« … pas digne de moi ! »

Peut-on être digne du Christ ? Que faudrait-il faire pour l’être ? Jésus ne met-il pas la barre trop haute ? Certes, nous ne sommes pas dignes de son amour, du salut, de ce qu’il a fait pour nous. Mais comment Jésus peut-il mettre un tel défi devant nous ? Faut-il relativiser ces paroles pour qu’au final, rien ne vienne nous déranger dans notre vie, notre confort, nos projets, nos agendas ? Et que, in fine, nous passions rapidement sur ces quelques lignes gênantes, pour aller nous rassurer, un peu plus loin dans le texte, avec quelques bonnes actions au résultat tellement plus rassurant. « Accueillir, donner à boire… » C’est tellement plus simple, et tellement plus gratifiant ! Mais peut-on se permettre de tels raccourcis ? Peut-on ignorer cet appel à une consécration, à un don de soi total pour Dieu ? On pourrait-on penser que cet appel ne s’adresserait qu’aux apôtres, ou aux pasteurs, à ceux qui sont engagés dans le ministère. Et pourtant, Jésus s’adresse ici à « quiconque… » ! Quiconque, c’est qui ? C’est toi, c’est moi, c’est l’autre… c’est quiconque. Ayons le courage de la vérité et ouvrons nos cœurs à cette parole. Comment être digne de Lui ?

1°) « Qui aime son père ou sa mère… son fils ou sa fille, plus que moi n’est pas digne de moi »

Jésus a sacrifié sa vie pour toi, pour moi. Il a accepté de quitter sa gloire céleste, de renoncer pour un temps à sa toute-puissance, de revêtir une nature humaine, excepté le péché, pour sauver l’humanité. Rien ne l’y obligeait si ce n’est son amour pour nous. Il est venu dans ce monde pour nous faire connaître la réalité d’un autre monde, le royaume de Dieu. Il a donné sa vie, sacrifié sa vie sur une croix pour rendre possible l’accès à ce monde. Que pouvait-il faire de plus ? C’est parce qu’il a accepté tout cela pour nous sauver, qu’il peut se permettre de mettre la barre si haute. De nous demander une si grande consécration, un tel engagement total vis-à-vis de lui : l’aimer Lui, plus que tout, plus que tous ; de le mettre en priorité de nos vies, de nos envies, de nos droits les plus légitimes. Priorité même sur nos relations familiales ! On peut noter au passage qu’il n’est pas question de ne pas aimer ses parents, ses enfants… Il est seulement question de priorité. Que le Seigneur ait la priorité sur tout dans notre vie, dans nos projets, nos programmes, nos agendas… L’aimer plus que tout, plus que tous ! Certes, il n’y a là aucune obligation ! Mais simplement un appel à l’aimer avec reconnaissance pour ce qu’il a fait pour nous sauver. Et à le mettre au « top » de nos vies.

2°) « Quiconque ne prend pas sa croix et vient à ma suite n’est pas digne de moi »

Jésus enfonce le clou ! Pour lui, l’aimer plus que tout et plus que tous, n’est pas seulement une vue de l’esprit, encore moins un sentiment, ou un vœu pieux ! L’aimer, qu’est-ce-que ça veut dire alors ? L’aimer c’est le suivre, marcher dans ses traces. C’est-à-dire lui ressembler. Vivre comme il a vécu. Aimer les malheureux comme il les a aimés… Être prêt à aider, soutenir, encourager, pardonner, comprendre, restaurer, relever. L’aimer c’est le suivre sur ce chemin où ce qui compte, ce n’est plus mon bien être personnel, ce ne sont plus ses bénédictions, ce n’est pas même obtenir ce que nous désirons. Ce qui compte, c’est son œuvre et l’avancement de son royaume. Ce qui compte, c’est que nous soyons sauvés, et qu’à notre tour nous fassions d’autres disciples. Et pour cela, il faut être prêt à porter sa croix, accepter sa part de souffrance dans ce monde. Accepter d’être solidaire de ce monde souffrant. Accepter d’être mal compris, stigmatisé, peut-être même être méprisé. Porter sa croix, c’est vivre sa vie chrétienne au sein des épreuves, des difficultés. C’est ne pas laisser tomber, ne pas renoncer face aux obstacles, aux fatigues, aux découragements, aux périodes de désert… Il faut porter et suivre, ne pas s’arrêter en chemin, aller jusqu’au bout de notre vie. Jésus l’a dit à plusieurs reprises : « Celui qui persévérera jusqu’à la fin sera sauvé ! » (Matth. 10. 22)

3°) « Que peut-on faire pour toi ? »

C’est alors peut-être que dans sa grâce, le Seigneur nous dira ce qu’Élisée a demandé à cette femme qui a eu tant d’attention pour lui : « Que peut-on faire pour toi ? ». On peut remarquer que dans le domaine spirituel, les logiques sont parfois inversées. Là où une attention, un engagement, une belle œuvre viendrait comme conséquence à une bénédiction, elle en est l’origine. C’est-à-dire, c’est : « Fais de l’Éternel tes délices, il te donnera ce que ton cœur désire » et non : « Si Dieu donne ce que mon cœur désire, je ferai de lui mes délices ». C’est : « Cherchez d’abord le royaume de Dieu… et toutes choses vous seront données par-dessus », et non : « Lorsque toutes choses me seront données, je chercherai son royaume ». De plus, la bénédiction de Dieu est une grâce et non un dû. Dieu n’est pas notre obligé. Mais Dieu est bon, juste, il sait bénir, combler nos cœurs de sa présence. Cette belle histoire nous montre à quel point Dieu est attentif à ce que nous faisons ou ce que ne faisons pas. Nos actions, nos attitudes, nos pensées, visibles ou pas, ne sont pas neutres. Elles ont des répercussions heureuses ou pas dans le monde céleste et dans le nôtre. Tout ce que je fais pour le Seigneur des plus petites choses aux plus grandes, des plus visibles aux plus discrètes, sont prises en compte par Lui. Et lorsque Jésus parle de récompense, il pense aussi bien à des réalités terrestres qu’à des récompenses célestes. L’exemple de la femme de Sumen nous montre toute la générosité de Dieu dans sa grâce.

Conclusion :

« … pas digne de moi ! »

Être digne du Christ, n’est pas un défi inatteignable. C’est un désir à avoir, désir que le Seigneur veut mettre dans nos cœurs par son Esprit. Défi qu’il nous aide à atteindre par son Esprit. À nous de l’inscrire dans notre projet de vie.

Que l’Esprit Saint, nous comble de son amour et nous pousse à l’aimer plus que tout et plus que tous, à le suivre lui seul, à lui ressembler, à porter même notre croix avec confiance, parce qu’il nous porte lui-même. Aimons-le, suivons-le sachant qu’aucune de nos actions en son nom, ne sera oubliée ; chacune obtiendra sa récompense dans ce monde ci et dans celui à venir.

« En vérité, je vous le déclare, personne n’aura laissé maison, frères, sœurs, mère, père, enfants… à cause de moi et à cause de l’évangile, sans recevoir au centuple maintenant, en ces temps-ci, maisons, frères, sœurs, mères, enfants… avec des persécutions, et dans le monde à venir la vie éternelle » (Marc. 10. 29 et 30).

Certes, nous ne sommes pas dignes de son amour, de tout ce qu’il a fait et fait pour nous. Mais soyons digne de Lui ! Que ce désir soit sans cesse renouvelé en nous.

Pasteur Joël Mikaélian –  28/06/2020

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