Lectures : Luc 16. 1 à 13 / 1 Tim. 2. 1 à 8

 « Faites-vous des amis avec les richesses injustes… » ?

Ce texte de l’évangile de Luc nous met en présence d’une parabole étrange. Les commentateurs et les exégètes sont souvent embarrassés quand au sens à lui donner. Que faut-il penser de cette parabole et des conclusions que Jésus en tire ? N’est-ce pas scandaleux ? N’est-ce pas là un véritable plaidoyer du mensonge et de la corruption ? Ce qui est bien entendu impensable de la part de Jésus ! Mais alors, quel message décoder, recevoir de ce texte ? Qu’est-ce que Jésus a bien pu vouloir dire ? Il semble que nous ayons ici deux fils conducteurs : l’un qui nous parle de l’égoïsme et de la folie humaine ; l’autre, de la générosité et de la sagesse divine. Autant de messages toujours pertinents de nos jours ! Témoin ces tendances au consumérisme à outrance qui caractérise tant nos sociétés occidentales. Témoins également ces tendances à « sur-considérer » notre existence temporelle et d’ignorer ou de sous-estimer la dimension éternelle de notre existence. Quels messages recevoir de cette parabole étrange ?

1°) « Rends compte de ton administration… »

Tout d’abord, le texte nous met en présence d’un mauvais gestionnaire. Un homme qui profite personnellement des biens qui lui ont été confiés plutôt que de les gérer pour son maître. Il dissipe, gaspille ce qui lui a été confié, au lieu de le faire fructifier pour le compte de son maître. Il a totalement oublié qu’il n’est que gestionnaire des biens de son maître et non propriétaire. En bon égoïste, il agit à sa guise et selon ses désirs.

Ce premier point nous rappelle que nous sommes, nous aussi, « gestionnaires » de biens que Dieu nous a confié. Gestionnaires de la création, de la terre, de ses ressources, de la vie, des dons et des capacités qui nous ont été donnés par Dieu. Gestionnaires et non propriétaires ! Mais il semble que nous l’oublions trop souvent, à l’image de l’homme de cette parabole. Et l’on voit  le résultat aujourd’hui à l’échelle de la planète comme de la société. Le réchauffement climatique qui focalise l’attention aujourd’hui, ne pourrait être que la partie visible de l’iceberg ! Les manipulations génétiques, comme les mutations sociales que l’on prépare avec la « PMA », la « GPA », nous promettent des lendemains complexes. L’homme se comporte de plus en plus en propriétaire qui use et abuse des bontés et des biens que Dieu lui a confiés. Et dans le domaine des sciences, de la génétique, des technologies de pointes, ce ne sont pas les « apprentis sorciers » qui manquent, malheureusement !

« Rends compte de ton administration… ». En second lieu, la parabole nous rappelle que si nous sommes gestionnaires, nous devrons rendre compte un jour de la façon dont nous aurons administré ce que le Créateur nous a confié. Que ce soit la création, la vie, notre intelligence, nos biens matériels, nos moyens humains… L’intervention du propriétaire dans la parabole et la sentence qu’il prononce : « tu ne pourras plus administrer mes biens », est là pour nous réveiller et nous faire réfléchir. Dans la parabole, l’intervention est salutaire ! Elle provoque une prise de conscience chez l’économe. Tout à coup, il réalise qu’il n’est que gestionnaire, que rien ne lui appartient et qu’il risque de se retrouver à la rue. C’est alors qu’il trouve immédiatement un moyen d’assurer ses lendemains. Certes, le procédé est immoral, c’est de la corruption. Et on ne peut penser que Jésus en fasse la promotion. Ce que le maître relève et donne en exemple chez cet homme, c’est son habileté, sa prudence, une certaine sagesse d’assurer son avenir. D’égoïste et d’insensé, il devient généreux et sage ! Une générosité intéressée certes, mais une générosité tout de même !

En quoi ce point nous concerne-t-il aussi ? N’est-il pas là pour nous rappeler à nous aussi que nous sommes responsables individuellement et collectivement des dons, de la vie, des moyens que Dieu nous a donnés ? Tu es doué, intelligent, plein de capacité ? C’est bien ! Mais pourquoi, pour qui ? Il ne s’agit pas ici de culpabiliser, mais plutôt de nous faire réagir, comme l’économe de la parabole a  réagi. Il s’agit de nous encourager à la générosité, au partage, à l’ouverture aux autres. Il s’agit de mettre un terme à l’égoïsme, à l’orgueil de celui qui se croit maître de tout, propriétaire de la création de Dieu ! Et qui ne pense qu’à en jouir égoïstement, à satisfaire ses désirs et ses besoins personnels. « Mettez vos dons et vos capacités au service de Dieu, de l’église, de votre prochain », nous dit la parole de Dieu. « Soyez au service du bien commun, du vivre ensemble, et non de vos désirs égoïstes ». Ailleurs, Jésus dira : « Toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites ». (Matth. 25. 40). Cette histoire n’est-elle pas là pour nous rappeler que nous aurons tous des comptes à rendre de notre vie, de la façon dont nous aurons gérés les biens que Dieu nous a donnés ? Que nous ne sommes pas tout-puissants ; que tout n’est pas permis ; qu’il y a des limites à notre façon de gérer les dons que Dieu nous a confiés !

2°) « Faites-vous des amis avec les richesses injustes… »

Éloge de la corruption ou éloge de la sagesse ? Certes, l’économe de la parabole agit de façon répréhensible et l’on ne peut souscrire à sa méthode. D’ailleurs, le maître ne loue pas la méthode, il loue l’habileté, la sagesse de la démarche : assurer son avenir. C’est, il semble, le deuxième fil conducteur de la parabole. Jésus nous invite à réfléchir à notre avenir. L’économe infidèle pense à son avenir. Il sait qu’il va se retrouver dans la misère et agit avec sagesse. Et c’est là que Jésus trouve que nous en manquons souvent. Nous vivons trop souvent comme si la vie se limitait à ce monde visible. L’éternité, le royaume de Dieu, le « paradis » sont des concepts tellement abstraits et lointains ! Et pourtant, nous savons tous que les choses prendront fin un jour. « Faites-vous des amis… ». C’est peut-être une façon de nous dire : « Pensez à votre éternité, au monde à venir. Ne restez pas aveuglés par les dieux de ce siècle, l’argent et tout son cortège d’idoles ! ». Et si c’était là aussi le message que le Seigneur voulait nous adresser par cette parabole ? « Faites-vous des amis… », ne vivez pas que pour cette vie ! Il y a autre chose, une autre vie bien plus importante que celle que vous êtes en train de vivre ! Ce qui nous amène à réfléchir à notre salut ; sur le « comment » assurer son éternité.

3°) « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés… »

C’est ce que l’apôtre Paul rappelle à Timothée. Dieu a tout fait pour notre salut. Jésus a donné sa vie sur la croix. Il a payé notre dette, celle de notre péché, du mal qui habite en chacun de nous. C’est le seul médiateur entre Dieu et nous. C’est en Lui et en Lui seul qu’est la vie éternelle. C’est en croyant en lui que l’on passe de la folie de celui qui dit « Il n’y a pas de Dieu » (Ps. 14. 1), à la sagesse de celui qui prend conscience de sa finitude et prépare son éternité. Certes, non pas en fraudant, mais en acceptant tout simplement par la foi, la grâce du salut en Jésus.

Conclusion :

De l’égoïsme à la générosité, de la folie à la sagesse, le Seigneur trace le chemin. À nous de le suivre.

Pasteur Joël Mikaélian

22/09/19

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