Lecture : Néhémie 8. 1 à 3 / Luc 1. 1 à 4 / Luc 4. 14 à 21

« Il se leva pour faire la lecture… »

Les réformes sont à la mode. Régulièrement, les gouvernants de ce monde s’y essayent. Ils font face çà et là à quelques résistances, qu’ils gèrent tant bien que mal. Bien souvent, leurs réformes ne font que déplacer les injustices d’une catégorie sociale à une autre. Ils le savent bien, il n’y a pas de réforme juste, pertinente et durable d’une société sans changement de vie intérieure de l’homme. Ce qui, malheureusement, n’est pas dans leur compétence !

Il en va de même de l’église. Plus de 20 siècles d’histoire nous enseignent qu’il n’y a pas de réforme profonde, pertinente et durable de l’église sans changement de cœur. Changement qui ne tombe pas du ciel, qui ne s’opère pas d’un coup de baguette magique, ni par quelques changements de système… La nature humaine est bien plus complexe que cela ; le « vivre ensemble » est un perpétuel défi, que ce soit dans les familles, l’église, la société. Comment vivre de véritables réformes, utiles et bénéfiques pour le bien commun ? Comment expérimenter une réforme intérieure, puisque c’est là que tout commence ?

1°) « Tout le peuple, comme un seul homme, se rassembla sur la place… »

L’histoire du peuple d’Israël nous montre que toute réforme digne de ce nom s’opère d’abord dans les cœurs par une écoute attentive de la Parole de Dieu. Au retour de l’exil, après 70 années de captivité à Babylone, le peuple d’Israël découvre à nouveau la liberté. Ils reconstruisent alors le temple et la ville de Jérusalem en partie détruite. Puis se pose la question de retrouver le sens de la vie. C’est là que le peuple demande à Esdras d’organiser une lecture de la loi de Moïse. Commence alors une lecture publique de la Parole de Dieu, expliquée (Néh. 8) par les Lévites. Le peuple écoute de façon attentive cette lecture (v3). C’est à partir de là qu’une réforme profonde, spirituelle et sociale va avoir lieu. La suite du livre de Néhémie nous raconte comment les changements ne se firent pas attendre. Le peuple commence par redécouvrir la fête ! Après plusieurs jours de célébration de la fête des huttes, vint le temps de la confession des péchés et de la repentance. Puis le temps de l’engagement de chacun à mettre en pratique la loi. Le rétablissement des services religieux, du respect du sabbat, de la dîme, des différentes fonctions de service du temple, de la pureté par rapport au paganisme ambiant… En quelque temps c’est une véritable révolution spirituelle, un retour à l’obéissance à Dieu ! De quoi faire rêver nos gouvernants, et l’église aussi ! Il en résulte une joie, une paix sociale, une justice sociale, une vie cultuelle totalement renouvelée (non pas nouvelle) … Tout ceci à partir d’une écoute attentive, « priante, spirituelle » et obéissante de la Parole de Dieu.

2°) « Il se leva pour faire la lecture… »

Bien des siècles ont passé, Jésus vient accomplir les Ecritures. Lui aussi est venu dans ce monde pour accomplir des réformes. Il est venu accomplir la plus grande des réformes, celle de la vie intérieure, du cœur de l’homme. Une réforme qui sauve et transforme tous ceux qui y adhèrent. Une réforme qui change la perspective de la vie car elle ouvre la vie sur l’éternité. Cette réforme touche tout autant le domaine de nos relations avec Dieu, que celle des relations humaines. C’est une véritable révolution que Jésus est venu accomplir sur terre. Il est venu nous libérer de l’esclavage du péché et du mal ; de l’oppression du malin, de la condamnation et de la culpabilité. Il est venu nous libérer de la mort. Il établit de nouvelles relations humaines, nouvelles échelles de valeurs, fondées sur l’amour, le pardon, le respect, la vérité, l’intégrité… Il est venu redonner dignité aux pauvres, la vue aux aveugles, … il est venu proposer de profondes mutations dans les habitudes sociales.

En Jésus, nous avons aussi une autre réforme religieuse : plus besoin de sacrifices pour le pardon des péchés, plus besoin de vendeurs du temple… Plus besoin de longues et belles prières, mais besoin de sincérité, d’authenticité dans la relation avec Dieu, besoin de respect du temple, de la présence de Dieu, de la prière… La réforme est de taille et touche tous les domaines de la vie. Elle annonce même la vanité de cette vie appelée à disparaître et annonce un nouveau monde, une vie éternelle. Tout ceci à partir de la parole faite chair, par le sacrifice de Jésus à la croix. Un sacrifice qui scelle toutes ces réformes une fois pour toute pour tous ceux qui croient. « Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature. Les choses anciennes sont passées, voici, toutes choses sont devenues nouvelles » (2 Cor. 5. 17)

3°) « Il roula le livre… et s’assit… »

Imaginons un instant la scène : les gens sont à la synagogue comme d’habitude. Comme d’habitude on y a fait la lecture des Ecritures. Mais ce jour-là, c’est différent. Celui qui lit est différent des autres. Il lit un beau texte du prophète Esaïe. Un texte qui fait rêver tous ceux qui souffrent d’injustices, de maladies, d’oppressions diverses. Puis celui qui lit s’assoit, tout le monde le regarde et attend. Que va-t-il se passer ? Alors Jésus dit : « Aujourd’hui, cette parole de l’écriture est accomplie… ». La révolution est en marche. Mais c’est peut-être trop beau. La lecture et les explications se terminent mal. On n’en veut pas. On le chasse de la ville, on veut même le jeter du haut d’une colline.

Hélas, aujourd’hui encore, la réforme du cœur, de la vie intérieure, n’est pas toujours acceptée, accueillie, mise en pratique par tous. Dans l’église même ! On préfère trop souvent nos habitudes, nos travers, nos ornières… On préfère trop souvent chercher des responsables, attendre des autres, vouloir changer les autres… Prier même pour que Dieu change les autres ! Ou bien, on préfère rester comme on est, pourquoi changer ?

Certes, la plupart d’entre-nous avons sincèrement accepté la grâce en Jésus, nous avons même été baptisés, nous sommes membres d’église, nous lisons la Bible, nous nous mettons à l’écoute de la Parole… Mais… Quels changements dans nos vies ? La Parole de Dieu est une « épée à double tranchant », « un miroir ». Certes, elle renferme de merveilleuses promesses de Dieu, mais elle pointe aussi nos faiblesses, nos manquements, nos péchés. Elle réforme, change celui qui y plonge ses regards. De la Genèse à l’Apocalypse, elle nous interroge. Avec Caïn et Abel, par exemple, elle interroge notre façon de rendre un culte à Dieu. Avec Abraham, elle questionne la mesure de notre foi en Dieu. Avec les Proverbes, elle nous apprend la Sagesse. Avec les Psaumes, l’adoration. Avec Jésus, elle nous indique le chemin du salut. Avec Etienne et les premiers chrétiens, elle nous parle de la souffrance et de l’épreuve du croyant. Avec l’apôtre Paul, le zèle pour le témoignage…

Jésus est venu dans ce monde pour nous sauver. Mais il est venu aussi changer nos cœurs, nos vies par son Esprit et sa Parole. La vie chrétienne ne se résume pas à la nouvelle naissance, pas même au baptême. Elle se doit d’aller bien plus loin. « Nous tous qui, le visage dévoilé, reflétons la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image, de gloire en gloire par l’Esprit du Seigneur » (2 Cor. 3. 18).

A chacun de revisiter sa vie à la lumière de cette Parole. Revisiter son engagement avec Dieu, sa pratique du culte personnel, sa lecture biblique, sa façon de rendre un culte communautaire à Dieu. Revisiter sa relation aux autres…

« Fais-moi connaître tes chemins, Seigneur ; enseigne-moi tes routes… »

Pasteur Joël Mikaélian

27/01/19

 

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