Message du 19 mai 2019 : « Comme je vous ai aimés, aimez-vous… »

Jean 13. 31 à 35 / Apoc. 21. 1 à 5

Il est des paroles tellement connues qu’elles en sont devenues banales. Celles que nous avons devant nous ce matin en font partie. Qui n’a jamais entendu ce commandement de Jésus ? En quoi est-il nouveau ? Aimer, est à la fois si simple et si compliqué ! A la fois si bienfaisant et si difficile à mettre en œuvre parfois ! Qui d’entre-nous nous n’a-t-il pas besoin d’être aimé, de se savoir aimé ? Quelle souffrance l’absence d’amour ! Mais de quel amour s’agit-il ici ? La subtilité et la richesse de la langue grecque permet de distinguer dans le NT, trois sortes d’amour : l’amour passionnel, romantique « éros » ; l’amour affectif, amical « philéo », et l’amour spirituel, divin, inconditionnel, « agapé », signe de l’appartenance au Christ. Chacun des trois a sa place dans la vie, mais Jésus parle ici de l’amour « agapé ». Et c’est sur celui-ci que je vous invite à méditer ce matin ainsi que sur les textes qui ont été lus.

1°) « Maintenant, le Fils de l’homme a été glorifié… »

Etonnante cette parole de Jésus, au moment où Judas sort pour le trahir ! Elle nous montre combien la gloire de Dieu est différente de la gloire des hommes. La gloire humaine, l’ambition, la conception même de cette gloire emprunte un chemin totalement opposé à celui de la gloire de Dieu. La gloire de l’homme consiste principalement en une élévation. Elle emprunte les chemins du succès, de la réussite, du paraître. Elle est généralement centrée sur l’homme, sur sa personne, sa prétention à être quelqu’un, en un mot, l’orgueil. Même si elle emprunte parfois des chemins puérils, comme dans le roman de Marcel Pagnol : « La gloire de mon père !». Cette gloire est, qu’on le veuille ou pas, liée à la réussite, à l’exploit, au succès. Elle n’est certes pas toujours mauvaise, à l’image de l’enfant fier de ses parents, ou inversement. Mais elle porte en elle-même un germe d’orgueil.

La gloire de Dieu, ou selon Dieu, la glorification du Christ emprunte un chemin opposé. C’est au moment où Judas est démasqué, au moment où la croix s’annonce, que Jésus dit qu’il est glorifié. Glorifié parce que le plan de sa mission s’accomplit comme prévu. Le départ de Judas, sorti pour accomplir son dessein, provoque un soulagement chez Jésus. « Maintenant… ». Et cette gloire culminera dans le « Tout est accompli » de la croix. Jésus aura sauvé un monde perdu. La gloire de Dieu emprunte le chemin de l’humilité, de l’obéissance à la volonté de Dieu, chemin de l’amour véritable, du don de soi. Pour Jésus, ce chemin de gloire passe par l’acceptation du mépris, du rejet, de l’injustice et de la souffrance. Il passe par le renoncement à la vengeance, à la haine, à la méchanceté. Il passe par le pardon, la générosité… Pour finalement être une élévation qui s’impose d’elle-même, une élévation reconnue de tous. C’est ce chemin que Jésus a emprunté pour nous sauver. C’est sur ce chemin qu’il nous invite à le suivre. « Dieu résiste aux orgueilleux, mais il fait grâce aux humbles », « l’humilité précède la gloire, l’orgueil précède la chute ». Pour aimer vraiment, comme Il nous a aimés, il faut savoir s’humilier. C’est dans l’humilité que cet amour se développe.

2°) « Vous ne pouvez venir, là où je vais… »

Avec beaucoup d’affection « mes petits enfants… », Jésus rappelle à ses disciples son origine céleste. Jésus n’est pas tout à fait comme nous. Il est né d’une femme certes, mais il vient d’ailleurs, d’une autre dimension. Ce soir là, Jésus annonce à ses disciples son départ pour ce lieu encore inaccessible pour nous. Cet autre monde, le royaume de Dieu, le paradis, demeure et demeurera mystérieux pour nous jusqu’à la fin. Au cours de l’histoire, l’Eglise et ses théologiens ont essayé maintes fois de l’imaginer et de le décrire. Bien de chrétiens se sont questionnés et se questionnent à ce sujet. De l’imagerie populaire d’un ciel bleu avec le Seigneur et des anges qui l’entourent, avec des êtres tout de blanc vêtus qui l’adorent, à des représentations plus scientifiques de l’Univers et des planètes, le mystère demeure. Les représentations diverses buttent malheureusement sur les murs de nos limites, de notre humanité. Nous vivons dans le temps et dans l’espace, alors que ce nouveau monde est en dehors du temps et de l’espace. Il est éternel et illimité dans l’espace.

Le livre de l’Apocalypse de Jean, avec toutes ses visions a de quoi nous dérouter. Sommes-nous en présence d’un langage symbolique ou réel ? « Voici, je fais toutes choses nouvelles… ». Ceci nous indique peut-être que le nouveau monde sera tout autre que le nôtre. Le texte nous dit que dans ce nouveau monde, Dieu sera là, présent. Il sera le Dieu avec nous, et nous serons ses peuples. Il essuiera toute larme de nos yeux, la mort ne sera plus. Plus de deuil, plus de cri, plus de souffrance… Voilà ce qui attend tous ceux qui auront cru en Jésus. Ce qui nous attend ! Et si certains parmi nous ce matin n’ont pas encore cette certitude, le Seigneur les invite ouvrir leur cœur et à croire. Pour aimer comme Il nous a aimés, il nous faut être aussi rempli de cette merveilleuse espérance.

3°) « Comme je vous ai aimés, aimez-vous… »

Le même soir, Jésus donne ce commandement à ses disciples. Commandement connu, qui figure implicitement dans les dix commandements déjà et de façon explicite dans la loi qui suivra, dans le livre du Lévitiques. Mais pourquoi est-il nouveau ? En quoi est-il nouveau ? Ce qui est nouveau c’est tout d’abord le « comme je vous ai aimés… ». C’est-à-dire que cet amour, « agapé » doit ressembler à celui que le Christ a eu pour nous. Il a sacrifié sa vie par amour pour nous. C’est un amour qui se donne, qui pardonne, qui est prêt à faire des sacrifices, qui va au-delà de ce qui est normalement humain. Un amour qui patiente, qui rend service, qui ne jalouse pas, qui n’est pas « orgueil », qui ne fait rien de mal, qui ne cherche pas son intérêt, qui ne s’irrite pas, qui n’entretien pas la rancune, qui aime la vérité, qui excuse tout, croit tout, espère tout, endure tout. (cf. 1 Cor. 13.4 à 7). Il ne s’agit plus d’aimer à notre façon, selon notre idée.

Ce qui est nouveau aussi, c’est l’origine de cet amour et comment nous pouvons le recevoir et le vivre.  « L’amour de Dieu est répandu dans nos cœurs par le Saint Esprit qui nous a été donné » (Rom. 5. 5). Ce qui est nouveau, c’est la nature divine de cet amour que Dieu lui-même donne par le Saint Esprit. Humainement, il nous est impossible d’aimer comme le Christ nous a aimés. Nous avons besoin de Lui, de nous laisser remplir de l’Esprit Saint, de le demander dans nos prières avec foi. Pour aimer vraiment, il faut être rempli de l’Esprit Saint.

« A ceci, tous vous reconnaîtront pour mes disciples : à l’amour que vous aurez les uns pour les autres » (Jean 13 .35) Quel beau programme d’évangélisation, de témoignage !

« Comme je vous ai aimés, aimez-vous… »

Que le Seigneur nous aide à emprunter ce chemin d’un amour véritable. Fait d’humilité, d’espérance et de plénitude de l’Esprit Saint.

Pasteur Joël Mikaélian 19/05/19

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2019-05-26T19:07:07+00:00