Lecture : 1 Cor. 12. 12 à 20 / Gal. 6. 1 à 10

« Eglise virtuelle… jusqu’où ? »

L’église virtuelle peut-elle remplacer l’église réelle ?  La question peut paraître saugrenue, mais mérite d’être posée. A l’heure des nouveaux moyens de communication, des sites internet, des réseaux sociaux, il semble qu’il soit possible de « faire église » chacun chez soi, devant un écran, une tablette ou un Smartphone. Faut-il se réjouir du phénomène, de cette multiplication d’offre de spiritualité sur la toile ? En un sens oui, car cela permet de mettre à disposition d’un plus grand nombre la Parole de Dieu. Cela permet d’atteindre des hommes et des femmes dans bien des pays du monde. Cela permet de partager toute une richesse d’enseignements, d’encouragements, de connaissance de Dieu extraordinaire. Et notre église y participe largement avec le département communication. Mais n’y a-t-il pas aussi quelques dangers ? Lorsque tout ceci tend à prendre la place de l’église réelle ? De la rencontre physique, de la relation, de la vie communautaire réelle, indispensable à l’épanouissement et à la maturation de la foi ? Derrière mon écran je fais le tri, je choisis ce que j’ai envie d’entendre, je choisis les amis… bref, peu de contrainte ! L’offre est tentante, mais est-elle suffisante ? Peut-elle remplacer l’église réelle ?

1°) « S’il arrive à quelqu’un… »

Les textes bibliques qui parlent de l’église peuvent nous éclairer dans notre réflexion. Ils nous montrent que l’église réelle nous engage dans une relation de responsabilité, ce qui n’est pas toujours le cas dans le monde virtuel. Dans l’église réelle, nous sommes tous responsables les uns des autres. Nous avons tous un devoir, une obligation d’amour envers tous. « Ne devez rien à personne si ce n’est de vous aimer les uns les autres ». Dans l’église réelle, contrairement à l’église virtuelle, je ne peux pas supprimer tel ou tel membre qui m’agace d’un simple clic ! Je ne peux pas quitter tel ou tel groupe d’un simple appui sur une touche de Smartphone ! Je ne peux pas non plus me signaler aux « abonnés absents » sans raison, sans argumentation. Je ne peux pas ignorer un appel que je n’ai pas envie d’entendre. L’église réelle est un corps, constitué de membres, tous différents, mais tous solidaires les uns des autres, tous étant des « obligés » les uns des autres. C’est ainsi que le Nouveau testament nous présente la véritable église. En Galates 6, l’apôtre Paul évoque des situations qui obligent chacun à la responsabilité. Par exemple, aller reprendre un frère ou une sœur, tout en acceptant sa propre fragilité. Prendre le risque de la parole, de la relation, le risque de sa propre remise en question au contact de l’autre. Voilà ce qui construit, ce qui fait grandir. Ici, il ne s’agit pas d’être juge les uns des autres, mais d’être frère, sœur, les uns des autres. Frères et sœurs qui partagent la même humanité, avec d’autres fragilités, d’autres tentations peut-être que celui que je vais reprendre. Autre exemple, porter les fardeaux les uns des autres. Dans l’église réelle je me dois à tous. Je dois être attentif à tous et non pas à mon cercle d’amis seulement. L’église réelle est une grâce de Dieu. C’est le lieu où je suis aimé, accueilli avec bienveillance. C’est le lieu où je suis repris lorsque j’en ai besoin afin que je ne me perde pas. C’est le lieu où je suis aidé, soutenu, encouragé. C’est aussi le lieu où je suis enseigné par la Parole de Dieu. C’est là où je peux entendre une parole que je ne choisis pas d’entendre. Celle que Dieu voudrait m’adresser ! Dans l’église virtuelle, c’est moi qui choisis ce que je veux entendre. Si cela ne me convient pas, je clique et je vais voir ailleurs ! Et je m’habitue à n’entendre que ce qui me plait. Et je reste un enfant spirituel. Autre exemple, la Bible nous présente l’église comme un corps. L’église n’est pas un club ou je choisis mes amis, pas plus qu’un lieu de consommation seulement. L’église est un corps où tous les membres doivent être mes amis. Un corps qui prend soin de tous ses membres. Même des plus « discrets », ils sont peut-être les plus utiles et nécessaires à la vie du corps ! C’est ce que l’apôtre Paul souligne avec force dans sa première lettre aux Corinthiens 12. L’image du corps souligne à la fois l’unité et la diversité des membres de l’église, leur indispensable solidarité. Cette image marque aussi davantage la différence entre église réelle et église virtuelle. Ici, il n’est plus question de consommation seulement, de « se faire du bien » pour employer une expression consacrée. Mais il s’agit d’action, de service, de fonctionnement. L’église réelle est un corps où chaque membre a une fonction, une utilité, un service, un travail à accomplir qui fait fonctionner l’ensemble.

2°) « Travaillons pour le bien de tous… »

C’est ce à quoi l’apôtre Paul nous encourage. Travailler pour le bien de tous, tel est notre appel, notre vocation de chrétien et tout particulièrement de membre d’église. Devenir membre d’église, être membre d’église, est une grâce et une responsabilité.

C’est la grâce d’appartenir au corps de Christ local. La grâce de pouvoir œuvrer, servir à l’avancement du royaume de Dieu. Grâce d’être au bénéfice des autres membres. D’être complété et de se compléter les uns les autres dans l’action. D’être soutenu et soutenir, être aimé et aimer… Selon la belle prière de Saint François d’Assise : « Seigneur fais de nous des ouvriers… ». C’est participer à l’épanouissement et au témoignage communautaire.

Être membre d’une église réelle, c’est accepter la responsabilité de participer fidèlement à la vie de l’église. De s’impliquer dans ses actions diverses. C’est un engagement de fidélité au culte, aux réunions. De participer aussi à la vie financière de l’église selon ses moyens. De donner son offrande avec action de grâce, sa dîme avec joie. C’est devenir acteur de l’œuvre de Dieu, acteur de l’église et non pas simple consommateur derrière un écran. Même si on y trouve de belles choses. La connaissance seule ne suffit pas à la croissance spirituelle, elle ne peut se priver du service.

Conclusion

« Eglise virtuelle… jusqu’où ? »

A chacun de passer à l’action, de prioriser ses choix de vie, son agenda par rapport à la vie de l’église. A chacun à ne pas considérer la vie d’église comme une option de la vie chrétienne. L’église virtuelle peut avoir sa place, son utilité, mais elle aura toujours se limites et ne pourra pas remplacer l’église réelle. Elle infantilise plus qu’elle ne fait grandir. Rendons grâce à Dieu pour l’église réelle et soyons-en des membres actifs.

Pasteur Joël MIKAELIAN

08/09/19

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