Lectures : Ez. 33. 7 à 9 / Rom. 13. 8 à 10 / Matth. 18. 15 à 20

« Je t’établis comme sentinelle… »

Les relations humaines, sont paradoxales. Nous sommes souvent à la fois tentés au repli sur soi et à la fois désireux de relation. Nous pensons parfois, « chacun sa route », et en même temps, nous avons le désir de faire route avec d’autres. On peut mourir de solitude comme on peut souffrir du regard ou de la présence des autres. C’est ce malaise social que nous vivons aujourd’hui avec la crise sanitaire et la « distanciation sociale ». D’un côté nous devons garder nos distances, pour le bien commun, alors que de l’autre côté, nous avons cruellement besoin de proximité. C’est étrange ! Faut-il subir, réagir, trouver d’autres voies ? Comment ? La parole de Dieu nous invite toujours à garder notre sens critique, à ne pas nous laisser entrainer trop loin dans la pensée dominante. Elle nous parle ce matin de relations sociales, plus précisément, de nos responsabilités dans le cadre des relations humaines. N’avons-nous pas besoin de revisiter ce domaine de notre vie d’église aujourd’hui ? Après tant de mois de séparation ! Ouvrons nos cœurs et laissons-nous interpeler. Qu’est-ce-que Dieu attend de nous dans le domaine des relations humaines et fraternelles.

1°) « Fils d’homme, je t’établis comme sentinelle… guetteur… »

Cette parole adressée au prophète Ézéchiel, précisait avec force le cœur de la mission du prophète par rapport à son peuple. Le prophète se devait d’être un veilleur, un guetteur ; celui qui alerte des dangers, des égarements. Il devait être celui qui demeure à l’écoute de Dieu pour entendre ce qu’il dit et avertir ceux qui risquent de se perdre. C’est la même mission que Jésus a confié à ses disciples, à son Église. « Vous êtes le sel de la terre… Vous êtes la lumière du monde… ». C’est le cœur de notre mission en tant que chrétien, en tant qu’Église. Il ne s’agit pas de juger ou de condamner ceux qui s’égarent, mais de veiller, de discerner les dangers de telle ou telle situation. Par exemple, de discerner un chemin entre la nécessité d’une distanciation sociale et la nécessité d’une vie sociale. Mais il s’agit aussi, de continuer à dire le beau message de l’Évangile ; de dire qu’en Jésus tout homme peut être sauvé pour l’éternité, pardonné pour tous ses péché ; que la mort n’est pas la fin de tout. Notre mission est aussi de continuer à dire que chacun peut être aimé, aidé, soutenu, en Jésus. Nous avons ce devoir, cette responsabilité vis-à-vis de nos contemporains, de notre société. Que ce soit par nos vies, nos paroles, avec tous les moyens de communications à notre disposition. C’est notre responsabilité de chrétien, d’église, de continuer à dire l’évangile dans ce contexte compliqué, de peur et d’anxiété, dans la liberté, sans condamner ni contraindre. Cette semaine, notre église était présente au forum des associations. Des centaines de personnes ont vu que l’église était là. Nous avons eu l’occasion d’échanger quelques mots avec le Maire lors de sa visite. Prenons conscience de notre responsabilité envers la société, en cette rentrée d’église, et malgré le contexte. Soyons des guetteurs, des sentinelles, des lumières, du sel.

2°) « Si ton frère vient à pécher… »

Jésus évoque une situation particulière de relations humaines dans le cadre fraternel de l’Église. Certes, ce sont des paroles à manier avec prudence, au risque que l’église devienne genre de tribunal, un lieu de jugement « fraternel ». Mais Jésus établit ici un principe, un mode opératoire bien précis dans le cas de quelqu’un qui viendrait à fauter (soit contre soi, soit d’une manière plus large, les traductions divergent ici avec la mention ou pas de « contre toi »). Ce qu’on devrait remarquer tout d’abord, c’est que chacun pourrait être concerné par cette situation. Que nous pourrions tous être celui qui pèche, comme celui qui reprend. Et que dans ce domaine, nous devrions toujours avoir à l’esprit, l’histoire de la paille et de la poutre. C’est-à-dire être prudent et conscient de nos propres faiblesses lorsque nous voulons reprendre un frère ou une sœur. Cela dit, les paroles de Jésus nous mettent devant nos responsabilités vis-à-vis de quelqu’un qui a fauté. Que faire ? Il y a tout d’abord un principe de discrétion. Ensuite, la démarche n’est pas le jugement ou la condamnation, puisqu’il s’agit de reprendre, de « gagner » l’autre dit Jésus. Puis, en cas d’échec, il y a une seconde étape. S’entourer d’autres avis, d’autres évaluations que la nôtre. Puis, en cas d’échec une troisième étape plus communautaire, mais restreinte tout de même à l’Église. Et finalement, non pas couper la relation, mais changer la nature de la relation. « Qu’il soit comme un pécheur (comme toi), mais à gagner encore ». Que d’erreurs ont été commises dans ce domaine, que de personnes blessées, injustement accusées, à cause du non-respect de ces étapes ; à cause du manque d’amour et d’humilité nécessaire à la mise en œuvre de ce processus. Que de fois aussi, à l’inverse, le silence a eu valeur de caution du mal au préjudice de tous. Prenons conscience que nous avons tous une responsabilité dans ce domaine. Un devoir fraternel d’amour, de prière, de communication sincère. La qualité de la communion fraternelle en dépend. En ce temps de rentrée soyons conscient de l’importance de ce devoir fraternel, d’autant plus que le contexte actuel mine la communion fraternelle et favorise le : « chacun pour soi… ».

3°) « Ne devez rien à personne, si ce n’est… »

De vous aimer les uns les autres. L’apôtre Paul souligne qu’il y a une force, une puissance dans l’amour. Dans cet amour qui coule de la croix de Jésus. Cet amour de Dieu qui se donne, qui espère tout, qui croit tout, qui supporte tout, qui pardonne tout. C’est de cet amour que nous devons nous aimer. De cet amour qui n’est pas que sentiment, émotion, mais aussi vérité, communion, communication, soucis de l’autre, prière pour l’autre, bénir l’autre. Nous devons nous aimer de cet amour qui suscite la confiance mutuelle, le partage vrai, l’ouverture à l’autre.

En cette rentrée particulière de l’église, manifestons plus que jamais, cet amour mutuel, vivons-le pleinement. « Ne devez rien à personne… »

Conclusion :

« Je t’établis comme sentinelle… »

Soyons sentinelles, lumière, sel dans ce monde troublé, au milieu de tant de malaise social. N’oublions pas nos responsabilités de chrétien, d’Église, de continuer à vivre et à témoigner de l’évangile, à répandre la paix de Dieu et l’espérance en Jésus.

Soyons aussi soucieux les uns des autres, responsables les uns des autres avec amour. Soyons plein d’amour les uns pour les autres. Ne laissons pas les situations compliqués détruire la communion fraternelle qui est nécessaire à toute vie d’église.

Pasteur Joël Mikaélian –  6/09/2020

Je t’établis comme sentinelle. Eglise Issy

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