Es 5. 1 à 7 / Matth. 21. 33 à 43 « Porter du fruit… »
« Qu’y avait-il encore à faire… que je n’ai pas fait… »
Dieu se désole, il se désole de la folie humaine, de l’aveuglement spirituel des hommes. Que ce soit à l’époque du prophète Esaïe, comme à l’époque de Jésus. La nature humaine est tordue. L’humain ne pense qu’à lui, qu’à son intérêt propre, qu’à satisfaire ses besoins, ses passions, il vit dans une course en avant qui ne le satisfait jamais. Ainsi va notre monde. Et Dieu s’interroge : « Qu’y avait-il encore à faire… que je n’ai pas fait… ». On pourrait facilement jeter la pierre au peuple d’Israël du temps du prophète Esaïe, comme aux religieux juifs du temps de Jésus. Dieu a tant fait pour eux ! Le texte d’Esaïe comme la parabole de Jésus le souligne avec force. Que penser de tout ceci, quel message recevoir ? Et nous sommes-nous différents ?
1°) « Mon ami avait une vigne… »
Qui est cet ami qui paraît si proche du prophète ? C’est un bien aimé, qui paraît être plein d’attention pour sa vigne. Il en prend soin, retourne la terre afin qu’elle soit fertile pour la vigne qu’il va y planter. Il choisit un plan de qualité, il prévoit de veiller sur elle nuit et jour, il creuse un pressoir pour faire du bon jus de raisin. Mais voilà, au moment de la récolte, le raisin est mauvais. Le maître de la vigne se désole, s’interroge : « Qu’y avait-il encore à faire… que je n’ai pas fait… ». Pourquoi cette vigne a produit de mauvais fruits ? « Il avait espéré de la droiture, et voici, du sang versé ! De la justice et voici des cris de détresses ! ».
Qui est cet ami qui se désole, qui s’interroge ? Il faut aller jusqu’au verset 7 pour découvrir qui est cet ami du prophète, et qui représente cette vigne qui aurait dû produire de beaux fruits ? L’ami du prophète n’est autre que le Seigneur de l’Univers, le créateur de toutes choses, celui qui est au-dessus de tout, qui surpasse toute intelligence. L’ami, le maître de la vigne, c’est Dieu, la vigne, c’est le peuple d’Israël. Dieu attendait le droit et la justice au sein de son peuple, et voici, c’est l’injustice, une injustice criante, violente, du sang versé, des cris de détresse. « Qu’y avait-il encore à faire… que je n’ai pas fait… ». Les mots sont durs, les maux également. Au-delà de l’histoire dramatique du peuple d’Israël, au temps du prophète Esaïe, et des conséquences que ce peuple a dû subir à cette époque, cette parabole s’adresse aussi à l’Eglise aujourd’hui, tous ceux qui croient en Jésus Christ. Et son message nous concerne aussi.
Il ne suffit pas que Dieu soit bon. Qu’il soit attentionné envers nous ses enfants. Il ne suffit pas qu’il nous comble de ses bienfaits, qu’il fasse tout pour que nous vivions heureux, pour que nous portions de bons fruits. Il ne suffit pas qu’il veille sur nous de sa tour de garde. Il ne suffit pas que nous soyons aimés de Dieu. Encore faut-il que nous portions du fruit, le fruit attendu en rapport avec cette merveilleuse sollicitude divine. L’amour de Dieu nous oblige. Il ne suffit pas de le remercier, de le louer, de l’adorer. Il ne suffit pas de faire entendre de beaux chants et de belles prières ! Il ne suffit pas de se réjouir de sa présence. L’ami, le propriétaire de la vigne, source de la vie, source de toute bénédiction, attend de bons fruits de la part de ses enfants, de notre part. Jésus rejoindra cette parabole par celle du cep et des sarments en Jean 15. « Je suis le vrai cep, et mon Père est le vigneron… Tout sarment qui est en moi et qui ne porte pas de fruit, il le retranche ». Le fruit attendu est une vie qui rayonne du fruit de l’Esprit Saint : « L’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la fidélité, la tempérance… » (Gal. 5. 22).
2°) « Ecoutez cette parabole… »
Jésus, de son côté, raconte une autre parabole aux religieux de son temps. Dans sa parabole, Jésus reprend les paroles du prophète Esaïe, que ses auditeurs connaissent bien. Mais Jésus va plus loin, il va jusqu’à révéler jusqu’où ira le maître de la vigne pour faire entendre raison à ses auditeurs. Dans sa parabole, Dieu confie sa vigne à des vignerons, et l’attention se porte sur eux, les vignerons à qui le maître a confié sa vigne. Au départ, c’est le maître de la vigne qui fait tout le nécessaire pour que sa vigne porte de bons fruits, comme dans la parabole d’Esaïe. Mais là, il la confie à des vignerons. Il fait confiance à d’autres que lui. Et quand il veut recevoir le fruit de sa vigne, les vignerons se révoltent et agressent les envoyés qui représentent les prophètes. Jésus met l’accent sur la méchanceté des vignerons, et même leur cruauté. Ils vont jusqu’à tuer l’héritier, le fils du maître. Cette parabole retrace toute la période des prophètes qui ont précédés la naissance de Jésus. Les prophètes ont été maltraités, tués, car ils dérangeaient par leur parole les dirigeants du peuple. Et Jésus sera lui-même crucifié par ces vignerons. Jésus parle ici de sa mort sur la croix pour le pardon de nos péchés. Et là, la parabole de Jésus va plus loin que celle d’Esaïe. Elle ne se termine pas par une désolation, mais par un transfert de propriété. En Jésus Christ, en sa mort sur la croix, la grâce et l’amour de Dieu sont donnés à toutes celles et à tous ceux qui l’accepterons et qui en donneront de bons fruits pour Dieu et le monde. Du fruit de l’Esprit, du fruit de justice. « Le fruit de la justice est semé dans la paix par ceux qui recherchent la paix » (Jacques 3. 18). Cette parabole nous interroge, elle interroge l’Eglise. Sommes-nous dignes de la confiance que Dieu nous a faite en Jésus Christ ? Être la lumière du monde, le sel de la terre ? Quels sont les fruits que nous portons aujourd’hui ? Quel est notre comportement entre-nous et envers la société qui nous entoure ? Le monde autour de nous ?
3°) « Qu’y avait-il encore à faire… que je n’ai pas fait… » nous dit le Seigneur ce matin !
Parallèlement à ces questions collectives, le Seigneur nous questionne aussi personnellement chacun ce matin. C’est comme s’il nous disait : « Qu’attendez-vous de plus de moi ? J’ai tout donné pour vous, je vous comble de bienfaits, je prends soin de vous je veille sur vous… Dieu le Père nous dit : « J’ai même donné ce que j’avais de plus cher pour vous, mon Fils ! En lui, je pardonne toutes vos fautes, en Lui je vous donne l’Esprit Saint, ma présence, je vous donne la vie éternelle… ». Que voulez-vous de plus pour donner du fruit ? Que dois-je faire de plus pour que vous vous engagiez à servir, à témoigner autour de vous ? Pour que vous soyez des lumières dans ce monde de ténèbres, pour refléter mon amour. Le Seigneur qui a donné sa vie pour nous, nous dit aussi ce matin : « Qu’y avait-il encore à faire… que je n’ai pas fait… ». Je vous ai donné ma vie ! Qu’attends-tu de plus pour te convertir, pour te faire baptiser, pour mettre tes dons au service de mon œuvre ? Qu’attends-tu pour porter du fruit, le fruit de l’Esprit ? Que puis-je faire de plus pour toi ? Certes, nous ne sommes pas tous appelés à être pasteur ou missionnaire. Mais nous avons tous reçu des dons de Dieu. « Comme de bons dispensateurs des diverses grâces de Dieu, que chacun de vous mette au service des autres le don qu’il a reçu » (1 Pie. 4. 10)
« Qu’y avait-il encore à faire… que je n’ai pas fait… »
Rendons grâce à Dieu pour tous ce qu’il a fait pour nous, pour le monde ; pour tous ce qu’il fait aujourd’hui encore ; et prions qu’il nous aide à porter de bons fruits, que nos vies le glorifient, le réjouisse, au lieu de le désoler
Pasteur Joël Mikaélian 04/10/2026